mardi 24 janvier 2017

Amérique du Sud #5 Ruta 3 (partie2) (Argentine)

Puerto Madryn / Comodoro Rivadiava



C'est de loin la pire partie que j'ai eue a réaliser jusque-là. Durant trois jours, un vent de face (parfois glacial) me fait descendre à une moyenne de moins de 8 kms/h. Au-delà des 55 pauvres kilomètres réalisés dans la journée, psychologiquement, c'est l'enfer : le bruit du vent incessant (pire que de la musique électronique), l'énergie dépensée pour chaque kilomètre, faire des pauses chaque 500 m de fatigue ou tout simplement, car le vent est bien trop violant pour avancer pour finalement regarder derrière soi et ne voir rien d'autre que... du plat ! Je fais des journées à rallonge pour limiter les dégâts (pas de magasin sur plus de 400 bornes) et dors sous les routes à coté de cadavre de mouton plus ou moins décomposés pour échapper au vent (hummmm!)... Malgré ça, je dors (presque trop) bien, près de 10h chaque nuit, je mange bien mais pense sérieusement à dire "oui" à la prochaine personne qui me demandera "tu veux que je t’emmène avec ton vélo à la prochaine ville ?"

Les arbustes laissent place à de l'herbe sèche, rien ne veut pousser ici !

Je rencontre mon premier cyclotouriste sur la route : Jacob, un Américain (Etaat-Uniens car il faut faire la différence ici !) qui vient à contre sens. Alors que j'arrive péniblement à 8 kms/h de moyenne, lui fait du 45 km/h! Il fera plus de 400 kms dans la journée... -.-"




Le repos viendra de Gonzalo rencontré à 180 kms au nord de Comodoro "Quand tu es là-bas, passe à la maison te reposer, t'y sera quand ? demain ?j'y réponds "heeuuu non, ce sera plutôt trois jours..."



Ingénieur dans l'industrie pétrolière, de Buenos Aires, il a voyagé en France et a même visité l'Aveyron et le Lot (entre autres). Le temps de recharger mes batteries, je repars le surlendemain sans grande motivation, je l'avoue...



Comodoro Rivadiava / Caleta Olivia



Le temps se réchauffe, beaucoup moins de vent, la route suit le littoral, c'est plutôt sympa malgré la route un peu défoncée.


Le temps un brin changeant...

À 20 kms de Caleta Olivia, je crève de nouveau, arrêt sur le bord de la route, changement de chambre à air, le temps est beaucoup plus clément qu'avant mon arrivée à Comodoro et je prends ça à la légère fier des 100 kms que je vais réaliser.
 Je profite de la ville pour aller chercher une nouvelle chambre à air pour la prochaine crevaison.
Je rencontre Jorge, il tient un magasin de vélo et à l'air ravi de voir un voyageur.


Point santé vélo !

Depuis le début du voyage, je n'ai jamais eu de gros soucis, à Buenos Aires, j'avais un claquement chaîne et/ou plateau, le gars que j'ai été voir était sûr de lui, il m'a changé le boîtier de pédalier en disant qu'il été cassé. Finalement, le bruit était toujours là, mais disait ne pas l'entendre car il faisait 30 cm de moins que moi ! o.O?? Il m'avoue que le boîtier n'était en fait pas cassé et me fera payer "que" 10€.
Après la première crevaison, le bruit s'est amplifié, je m'étais arrêté, le 24 décembre, à Viedma. Le gars, à part me dire "c'est bizarre" n'apportera rien au problème. Bref, après ces deux expériences, j'avoue avoir mis tous les réparateurs dans le même sac en disant "c'est tous des Charlots, à part gonfler les pneus, ils ne savent rien faire dans ce pays"



Mais c’était avant Jorge !



Lui demandant juste une chambre à air et un conseil pour ma chaîne détendue, il me prend le vélo, le révise, me dit que le bruit (qui s'était à nouveau atténué) provient du plateau légèrement vrillé et qu'il serait préférable de le changer au Chili (plus facile à trouver qu'en Argentine). Conseils sur les freins, sur les rayons... Enfin un vrai pro ! Il ne me demande rien pour le moment passé ensemble et c'est finalement une bonne chose que cette crevaison sur la Route 3 !



Puerto San Julian / Rio Gallegos



Arrivé à Puerto San Julian, relativement tard dans la soirée, m'arrête à la station de service, je prends des nouvelles de Grégory via Whatsapp que j'avais rencontré deux semaines plus tôt à Sierra Grande. Il m'apprend que Varmil, un Brésilien qui voyage en vélo dans le même sens que moi, se trouve également dans la ville. On se rencontre et décidons de poursuivre la route ensemble pour faire face à l'ennuie de cette Route N°3 !





D'un commun accord, on changer notre facon de voyager, fini de pédaler comme des dératés, on s'arrêtera en attendant des jours meilleurs. Il me fait découvrir "windguru", un site qui prédit le vent (à la bonne heure !).
Notre premier "jour off" sera dès le lendemain, on sort de San Julian en 45 minutes pour faire 4 kms, un vent de fou ! On s'arrête à un petit restaurant sur le bord de la route où nous rencontrons Vito, et avec qui nous passerons la journée. Le soir, on dort de l'autre côté de la route, chez Hugo, au cœur énorme et au placard rempli de pan dulce, il nous en offre 1 kilo 5 ! On reprend la route le lendemain, jusqu'à Comandante Piedra Buena pour un nouveau jour de repos forcé à cause du vent.


Quand certain voyagent en vélo, d'autres préfèrent les landaus...
AutoStop

60 kms plus au sud de Piedra Buena, je ressent une douleur au genou droit (type tendinite). Cela m'est déjà arrivé sur la route trois ou quatre fois, seulement quand je reprends à pédaler après quelques jours de repos. Habituellement, je m'arrête, je passe la nuit sur place mais aurjourd'hui, nous sommes deux, j'ai pas envie d'être un poids pour Valmir de plus, (la vraie raison), le vent deviens (et pour la première fois) réellement favorable. Je décide de continuer jusqu'au un ancien hôtel où il serait possible de passer une nuit à l'abri du vent


Les 20 derniers kilomètres me sont très compliqués, le vent à une nouvelle fois tournée en ma défaveur, il y a quelques montés qui me casse le genoux... Bref, mauvaise idée ! J'arrive à "l'hôtel" une heure après Valmir qui m'attends, sourire aux lèvres "Je t'attendais pour visiter, il y a une des fenêtres ouverte !", ce soir, c'est ma première nuit à "l'hotel" ! On mange comme des rois, à une vrai table, avec des vraies chaises et dormons à l'entrée, à côté de nos vélos et ça me fait quelque peu oublier le coup de cafard d'avoir mal au genou, la nuit porte conseil dit-on...








Sur les coups de 2h30, je me réveille, j'ai toujours mal, et réfléchis à la situation :



Il reste 133 kms avant Rio Gallegos où nous avons un contact pour se reposer, je pense qu'il est plus raisonnable de s'y rendre en stop et m'y reposer plutôt que forcer une nouvelle fois sur mon genou et risquer d'empirer les choses. Rester ici n'est pas une solution, je n'aurais pas assez des nourritures ni assez d'eau. Cela m'ennuie réellement car j'avais à cœur de faire toute la route en vélo, et seulement en vélo, je vois ça comme une sorte de triche. Cependant, je me dit qu'il est quasi certain que sur la route, je doivent faire du stop à nouveau pour un cadre cassé, une roue irréparable (je touche du bois) et ce serait stupide de compromettre les prochains 30 000 kilomètres pour 133 kms d'orgueil...

Fierté rangée dans les sacoches :/


Valmir, profite à nouveau du vent favorable pour rejoindre la ville et me voilà à patienter 4 heures sur le bord de la route pour arriver seulement une heure avant lui.

Co-habitation avec Valmir


C'est la première fois que je me retrouve à voyager avec une personne depuis GG en Australie (2011) et je me pose pas mal de question : gestion de la nourriture, pédalage, campement... Au brésil, il est livreur de colis... en vélo ! Son rythme est bien plus rapide que le miens ! De mon côté, le matin, une heure après le réveil, je suis prêt quand il lui faut 1h30/45 pour en faire de même. Il cuisine le midi alors que moi, je suis plus "sandwich"... Plein de petites différences qui font qu'on essaye de s'adapter au mieux l'un à l'autre et on s'en sort, pour le moment, plutôt bien !

Rio Gallegos


Par l’intermédiaire de CouchSurfing, on rejoint Carlos à son travail (il vend des glaces !!) on reste trois jours avec lui avant de reprendre la route pour la terre de feu qui nous attends à 60 kms !
Au détour d'une rue, on rencontre Sofia et Guido (désolé si j'écorche son prénom), jeunes étudiants avec qui on passe également une bonne soirée...

Nous voilà partis pour traverser la frontière chilienne, Terre de feu, nous voilà !

Au compteur : 3378 kms





jeudi 5 janvier 2017

Amérique du Sud #4 Ruta 3 (partie 1) (Argentine)


Ça y est, je pars (enfin) vers le sud,

Ce qui m'attend n'est pas la meilleure période du voyage : La route 3 qui m'amènera directement jusqu'à Ushuaia. Du vent très fort majoritairement à contre-sens, des lignes droites, des camions, pleins de camions, du très chaud, du très froid (je suppose)... Bref, 2500 / 3000 kms de pur bonheur que j'espère faire en moins 2 mois pour remonter suffisamment à l'ouest du continent pour ne pas avoir trop froid cet hiver.
En plus de ça, c'est pas « the place to be » pour le tourisme, hormis la péninsule de Valdès plus quelques petites « attractions » sur la route, il n'y aura rien de très intéressant...

Le retour à la réalité est compliqué, un vent extrêmement fort de face me fait parfois descendre à 6 km/h, il fait très chaud, je m'arrête aux heures les plus chaudes dans un abris-bus. Je reprends la route vers 15h jusqu'à la nuit (bien plus agréable!).

Sierra de la Ventana


Sierra de la Ventana est une ville, mais aussi, la seule chaîne de montagnes de toute la pampa. Je souhaite faire la randonnée qui amène jusqu'à la « fenêtre » d'où le nom, mais la rando part de 25 kms à l'ouest de la ville (où j'étais la veille). Autant en voiture, 50 bornes, tu t'en fiches, autant en vélo, j'ai un peu les boules...


Je retrouve Carolina du couchesurfing de Pigüé, il fait finalement beau et bon. Pour la rando, c'est guide obligatoire, soit disant pour des raisons de sécurité (la rando ne nécessite aucun matériel particulier, ils nous prennent pour des jambons je crois...) et il faut en plus payer l'entrée au parc (Europe, tu me manques!). C'est pas ce que ça coûte, mais bon...



Le bon côté des choses est que la guide explique la formation de la chaîne, la faune, la flore... Ce qui rend l'expédition plus intéressante.





Au retour, on évite de peu une averse, le ciel se dégage, le temps de prendre une douche au pied de la sierra et de repartir.



Bahia Blanca
Courte étape à la ville de Bahia Blanca, je retrouve Santiago (fils de la femme de Gerardo), qui travaille ici en temps que journaliste. Je refais un peu de stock de matière première pour mes breloques artisanales, visite un peu la ville et repars le sur lendemain. Je tente de vendre mes produits dans le centre de la ville mais fait l'erreur de demander à la police s'il y a un endroit dédié. Ils me disent qu'il faut payer une autorisation à la mairie. Vu le nombre de vendeurs à la sauvette sur la place, j'y fais gentiment comprendre qu'il se fiche de moi et je reprends finalement la route (la prochaine fois, je demanderai rien du tout...)



La route 3
Les jours suivants se ressemblent, les lignes droites sont bien là, le vent, les arbres font placent aux arbustes et je passe mon temps sur une sorte de causse sans fin... Pas autant de camion que je craignais, dans les endroits les plus fréquentés, la route est large et je me sens en sécurité.





Face à la difficulté de trouver du pain sur la route,
je réalise des galettes (type chapati) pour ne manquer de rien !
Programme de la journée (faut pas manquer la chicane !)

Un soir, en arrivant à la station-service, je crève pour la première fois du voyage. C'est probablement dû au sur gonflage des pneus, le gars m'avait prévenu lors du gonflage à Bahia Blanca, j'ai pas voulu l'écouter... Me voilà occupé pour la soirée...


C'est quand même bien ennuyant et le mot d'ordre est « PATIENCE ». Beaucoup de salutations sur la route et quelques courses avec les vautours, faucons, perroquets et autres guanacos me divertissent de temps à autre...


Un arbre en patagonie...


En approchant de la péninsule, je rencontre quelques voyageurs dont Grégory et Jessica (Belge et Brésilienne) qui voyagent en van ainsi qu'Alice et Anne (française et espagnole) qui voyagent en stop. Toujours aucun cyclotouriste à l'horizon, il y en aurait un peu plus devant moi mais ce n'est peut-être qu'une légende...

Péninsule de Valdes / Puerto Madryn
La réputation de la péninsule vient essentiellement de la présence de baleine franche australe qui viennent dans les eaux chaudes du golf pour se reproduire et/ou pour mettre au monde les balaineaux en voie de disparition. Si les baleines ne sont plus là depuis un mois, il reste des lions de mer, des éléphants de mer, des pingouins qui sont là toute l'année. Les orques et dauphins sont eux, plus difficile à observer.

La visite coupe court, les voyageurs en vélo sont interdits. La raison est qu'il n'y a qu'un camping officiel et que la boucle pour visiter la péninsule fait plus de 100 kms minimum. Il est nécessaire de faire du camping sauvage qui est interdit Il est nécessaire de faire du camping sauvage qui est interdit (beaucoup de voiture font de camping sauvage mais bon...)..

Mon unique point touristique de la route 3 tombe à l'eau... J'avance jusqu'à Puerto Madryn par une route de terre qui longe la mer, qui devient par intermittence route de sable (un enfer!) et me retrouve à pousser mon vélo sur une dizaine de kilomètres en plein cagnard !



Un peu gêné, je recontacte Noella qui s'était proposée de m'accueillir et dont j'avais dit « dans trois ou quatre jours » pour y demander si ça la dérange de me voir débarquer le soir même (et puis on est le 30 décembre également!). 

Sans soucis, je rejoins donc Noella et Hector, s'en suivent cinq jours en leur compagnie, on parle beaucoup de tout et de rien, ils connaissent plein de choses et même Florent Pagny ! (pas personnellement bien sûr). Je rencontre chacune de leurs deux familles, pas mal de leurs amis lors de barbecues et lors du réveillon qui se fait ici (le plus souvent) en famille (comme Noël).


Le dernier jour, on visite la péninsule, en camionnette cette fois, les lions de mer, éléphants de mer et pingoins sont bien là, on rentre sur les coups de 20h, épuisé et Hector qui a conduit les 200 300 kilomètres bien plus.












C'est un peu la boule au ventre que je les quitte, contrairement à Marta et Julian de Buenos Aires ainsi la « famille » balcòn del arroyo étant proche de Buenos Aires, je me disait que je les révéré probablement un jour, ici, à 1400 kms, ça ressemble plus à un adieu qu'à un au revoir :(

De retour sur la route 3
Près de 2000 kms me séparent encore d'Ushaïa. Un mois (et demi?) se profile à l'horizon (tout plat) à pédaler contre le vent et les prochaines semaines s'apparentent plus à un défi qu'à un voyage tant ça va être ennuyeux et certainement compliqué...

2214 kms au compteur